Pistoletto à Rome (1)

L’exposition du travail de Michelangelo Pistoletto au musée MAXXI de Rome (jusqu’au 15 août) ne concerne que les dix-huit premières années de son travail, de 1956 à 1974, date de clôture quelque peu arbitraire : vu la qualité de l’exposition, on ne peut qu’espérer voir prochainement, là ou ailleurs, la suite, de 1974 à aujourd’hui. Cette exposition, qui fut d’abord présentée à Philadelphie, mêle intelligemment le chronologique et le thématique (raison de plus pour questionner la pertinence du choix de 1974, plutôt que 1978, par exemple). Le labyrinthe architectural de MAXXI est plein de charmes, mais il ne se prête pas toujours très bien à un parcours guidé : une grande salle est censée montrer son évolution depuis les portraits peints au vernis noir jusqu’aux portraits miroirs (dont je parlerai demain), hélas rien n’indique au visiteur le début du parcours, les deux entrées de la salle étant au fond (et donc à la fin) et au milieu, d’où un flottement désagréable avant de pouvoir saisir l’intelligence du parcours. Mon autre critique, elle aussi liée à l’architecture, est que les films sur Pistoletto sont projetés au sein de l’exposition (et non dans l’auditorium) sur des écrans très en hauteur et sans aucun recul : torticolis inclus dans le prix du billet ! Je ne pourrai donc guère vous parler de ses performances et du groupe de théâtre Lo Zoo, faute d’avoir eu la patience de regarder ces films ainsi.

La première partie de l’exposition, consacrée aux Objets en moins, aux Chiffons et aux Lumières et Réflexions, montre bien la singularité de Pistoletto par rapport à l’Arte Povera, que bon nombre de ses œuvres précèdent et annoncent avant 1967. Certes, les colonnes sont en ciment, le rostre en métal peint et les barricades en chiffons colorés (Monumentino), les tableaux sont tordus ou bien brisés en morceaux au fond d’un puits de carton, la vierge médiévale en bois a été ‘contemporanéisée’ dans une boîte de plexiglas orangé et la rose est un bouquet de carton ondulé brûlé (Rosa bruciata).

Mais il y a aussi souvent une dimension performative, une intervention humaine essentielle : la mappemonde est une boule de papier journal compressé que l’artiste a poussé à travers les rues de Turin, et les oreilles de Jasper Johns n’ont pas pu tenir dans le tirage photographique et sont donc montrées à part. Une pierre miliaire datée 1967, qui fut présentée seule en galerie avec une invite à de jeunes artistes est ici comme un marqueur temporel et spatial essentiel, symbole de ralliement et de générosité.

Au milieu du quatuor aux chiffons où des bouilloires sifflent de concert tous les jours à midi et à 17h, la Vénus aux chiffons est emblématique de son travail : dans une tension entre classique et contemporain, entre statique et dynamique, entre individu et masse, les chiffons confrontés au marbre introduisent un élément de désordre de mouvement de saleté (toute relative : comme chez Boltanski, tous ces chiffons trop propres sortent de la machine à laver), d’envahissement, comme des barbares s’attaquant à notre histoire, des immigrants débarquant sur nos côtes, des modernes balayant notre classicisme, des vivants dévorant une de nos figures mortes.

Toutes œuvres © Michelangelo Pistoletto. Photos courtoisie du MAXXI.
Monumentino, 1968; chiffons, briques et chaussure; 94x45x22cm. Collection privée. Ph. Paolo Bressano.
Rosa Bruciata, 1965 ; carton ondulé et peinture à la bombe, 140x140x100cm. Cittadellarte Fondazione Pistoletto Biella. Ph. Paolo Bressano.
Mappamondo, 1966-68; journaux et fils métalliques; diamètre 180cm, diamètre de la boule de journaux 100cm. Collection Lia Rumma. Ph. Mimmo Jodice.
Pietra miliare, 1967; pierre peinte et mica, 80x40cm. Cittadellarte Fondazione Pistoletto Biella. Ph. Paolo Mussat Sartor.
Venere degli Stracci, 1967; marbre et chiffons. Cittadellarte Fondazione Pistoletto Biella. Ph. Paolo Pellion di Persano.

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