Le Paladin et les Dormeurs

La première vision, c’est cette immense montagne de sel devant la cathédrale de Milan (ce Duomo dont une maquette fut lancée à la tête de Berlusconi il y a un an et demi). Sur cette masse blanche étincelante, des chevaux noirs surgissent, se dressent ou tombent ; des barrières empêchent de s’approcher, de prendre une pincée de sel, c’était, paraît-il possible quand la même installation futmontrée à Naples (mais ici nous sommes à Milan, ville sage). Quand il pleut, des traînées blanches s’échappent et, allant vers le caniveau, laissent des traces sur le pavé.

Cette installation complète l’exposition de Mimmo Paladino au Palazzo Reale de Milan (jusqu’au 10 juillet). Il y avait aussi, pendant les trois premières semaines un avion bleu dans la galerie (commerciale) Victor-Emmanuel II, mais je suis arrivé après sa dépose. Dans la cour du Palais, quatre grands boucliers en terre cuite, chargés de symboles.

De Paladino, on connaît d’abord la signature, ce visage stylisé omniprésent et cette exposition est une bonne occasion de découvrir plus en détail son univers onirique, aux formes classiques dépouillées, ses tableaux colorés, violemment expressifs, ses compositions strictes. Les murs d’une salle sont couvertes de dessins au fusain, lignes simples de collines, de branches, de têtes humaines ou formes simplement géométriques qui convergent toutes vers un petit tableau coloré (‘Silencieusement, je me retire pour peindre une toile’). Son œuvre est parsemée de symboles religieux, immémoriaux. Cette autre installation murale (Sans titre, 2006) aligne des corps mutilés, brûlés, démantibulés, fragments de bois noirci par le feu.

De ces hommes naissent des branches mortes. C’est un art tout de silence et d’alchimie, de mélancolie et de poésie.

Dans la salle du fond, ces corps au sol, repliés comme des fœtus, sont-ils morts ? On pense aux corps de Pompéi, enveloppes vides. L’œuvre se nomme ‘Dormienti’, les dormeurs. La musique de David Monacchi, qui les entoure, laisse flotter l’attention.

J’avais vu, un peu auparavant ses autres Dormienti dans une petite ville toscane, Poggibonsi, dans une fontaine médiévale (Fonte delle Falle) : j’ai retrouvé  (à gauche) une vue originale. Aujourd’hui (à droite) dormeurs et crocodiles baignent dans une eau fétide, sale, où flottent des détritus ; quelques-uns sont cassés, renversés. Un scandale !

Photos 1, 2 & 3 de l’auteur. Photo 8 par F. Spano. Mimmo Paladino étant représenté par l’ADAGP, les photos seront ôtées du blog à la fin de l’exposition.

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